Jean-Sébastien
Guiliani
Né à Grenoble en 1977, Jean-Sébastien Guiliani
grandit au milieu d’une nature forte avec les Alpes comme horizon.
A 17 ans, lors d’un séjour dans la capitale, il rencontre
par hasard le travail de Jean Cocteau dans une galerie de la rue de
Seine. Chez Cocteau, l’homme et l’artiste, l’œuvre
et la vie semblent se confondre. Il est frappé par ses lignes
claires où le dessin épouse les mots et par la nature
d’un artiste qui incarne son époque autant qu’il
contribue à l’écrire.
En 2000, il s’établit à Paris et entre à
l’école des Arts Graphiques. Il travaille parallèlement
pour un studio d’animations et participe à plusieurs campagnes,
notamment pour la Sécurité Sociale et EDF, puis il prend
en charge la communication et le graphisme d’un réseau
parisien de salles de concert. Pendant 4 ans, il étudie, travaille
et se forge un style singulier qui repousse les frontières du
graphisme, de la musique et de la mode.
En 2003, il se lance dans un projet personnel qui allie sa passion pour
la culture pop et sa connaissance des milieux d’arts contemporains
où il évolue. Lecteur enthousiaste de romans de série
B, il a l’idée d’en faire l’adaptation graphique.
Il crée un collectif qui réunit le graphiste Jonathan
Kaplan, artisan pudique et sensible des animations sur Flash, le designer
Pascal Cuttoli dont il aime la rigueur et la précision, le photographe
Hugo Cabella pour sa vision en couleur du monde et le très chic
Laurent Heim qui est styliste pour l’agence Mafia. Féminine
et énigmatique, Agathe Crespo est son égérie. Julien
Naudin redécouvre les classiques en créant un univers
musical techno-électronique. Eric Gratien, scénariste
paranoïaque et lucide, aficionado d’Antonin Artaud, signe
la réadaptation de l’intrigue, et, sous la houlette de
Kamsone Tavy qui coordonne le projet, avec la grâce qui le caractérise
à rendre les choses belles, Saint Charles Palace devient réalité. |
St Charles Palace : le kitsch chic
Dans la ville futuriste d’Ajipolis, la presse à scandale
s’émeut de la mort du très médiatique Jasper
Camson. Au même moment, la détective Maria Montana retrouve
Jasper bien vivant au Saint Charles Palace. Poursuivi par l’agent
secret Doobrowska, Jasper s’éclipse et donne rendez-vous
à Maria dans sa suite. Quand elle le rejoint, Jasper Camson,
le phénix des nuits équatoriales d’Ajipolis, est
retrouvé mort, une couronne d’épines sur la tête.
Pourquoi, le Dr Doctrinn n’a t-il pas l’air surpris ?
Volontairement minimaliste, l’intrigue de Saint Charles Palace
sert de prétexte à Jean-Sébastien Guiliani pour
composer des tableaux qui mettent en scène toute l’iconographie
populaire des romans de série B en nous plongeant dans un univers
balisé où il fait bon se perdre. Les images présentes
dans l’imagination du lecteur s’incarnent et prennent
ici toute leur dimension. Le texte et le dessin se fondent et proposent
une expérience de lecture nouvelle. Tableau après tableau,
on pénètre une atmosphère à la fois kitsch
et chic qui rend au roman de gare ses lettres de noblesse en en faisant
un objet d’art très tendance.
Un univers avant-gardiste
Le travail de Jean-Sébastien Guiliani nous propose presque
un style de vie, une esthétique appliquée à la
rue, à l’architecture, au design, à la mode et
à la musique. Aucun détail n’est laissé
au hasard, sacs, lunettes, chaussures, coiffures, mobilier, couleurs,
slogans publicitaires ou sonorités, tout participe à
composer un monde très contemporain. Inspirée des principes
du piano oculaire, la musique de Saint Charles Palace nous immerge
dans un environnement sonore urbain, où les voix se tordent
et se distordent sur des rythmes électroniques conçus
pour s’accorder à la tessiture chromatique de l’image.
L’ensemble de ce travail, à la facture très stylisée,
invente une nouvelle signalétique, libre à nous de nous
laisser transporter dans l’univers de l’artiste et d’en
rapporter un souvenir si le voyage nous plait. Jean-Sébastien
Guiliani n’impose rien, mais nous livre, par-ci, par-là,
quelques pistes pour le rejoindre.
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